Il fait frisquet en ce matin du samedi 14 mars. Mais le soleil est au rendez-vous, et le calendrier important pour les pêcheurs : c’est l’ouverture de la pêche à la truite ! Eh oui, on ne pêche pas n’importe quel poisson n’importe quand en France. Pour permettre aux poissons de se reproduire, on les laisse tranquilles une bonne partie de l’année.
Bruno, que nous accompagnons, nous prévient : il a beaucoup plu la veille. L’eau de la petite rivière de l’Esves a donc grimpé et est agitée, ce qui ne va pas faciliter la pêche. Les poissons restent au calme, et en plus on vient un petit peu tard. À 9h30 du matin, il est possible que ce soit déjà l’heure de la sieste pour nos amis qui vivent sous l’eau !
« Aller pêcher c’est surtout être dans la nature, au calme, et de temps en temps avoir un pic d’adrénaline quand on attrape quelque chose »
Bruno, pêcheur depuis qu’il est enfant
Pour nos débuts, on commence simple : pêche au bouchon. C’est le nom du petit objet en liège placé sur notre ligne et qui nous permet de le suivre. Par contre, accrocher le vers de terre qui gigote à l’hameçon n’est pas simple… et assez impressionnant puisqu’il faut vraiment l’embrocher sur une bonne longueur pour qu’il ne se détache pas dans l’eau. Âmes sensibles s’abstenir !
Des règles à respecter
Là où nous sommes, dans le bourg du village d’Esves-le-Moutier, pas le droit de pêcher, c’est indiqué par un panneau installé par l’association locale de pêcheurs, L’Esvanaise (dont le nom officiel est plus compliqué : AAPMA de Ligueil). En France, les associations de pêcheurs travaillent en effet main dans la main avec la Fédération de la Pêche et avec les autorités, pour participer au respect de la réglementation… et donc au respect de la nature ! Il existe par exemple plusieurs catégories de cours d’eau : la catégorie 1, ce sont les endroits où l’eau est rapide et bien oxygénée, ce qui attire les poissons salmonidés comme la truite ou le saumon. La catégorie 2, ce sont plutôt les fleuves et rivières aux eaux plus calmes. On y trouvera plus facilement des poissons cyprinidés (carpes, gardons, ablettes…).
Pêcher, c’est d’abord observer…
À Esves-le-Moutier, on est en catégorie 2, comme dans presque toutes les rivières, étangs et lacs de Touraine. Après quelques minutes de marche, nous arrivons à un endroit où la pêche est autorisée. Bruno observe le courant. Il regarde où l’eau fait des boucles et où elle est plus calme, pour savoir où lancer notre hameçon. Il faut ensuite surveiller, et attendre que le bouchon s’agite. Ce sera le signe qu’un poisson a mordu. Pas de chance ce matin. On reprend la canne à pêche pour repartir un peu plus loin. Même gymnastique : observation de l’eau, pour deviner où les poissons peuvent être installés. Lancer de la canne, puis attente. Pas de chance non plus, on bouge encore, et on essaie une autre technique : la pêche au toc. On enlève le bouchon, et notre hameçon va donc aller peu plus profondément dans l’eau, tout en étant moins visible. Le risque est de s’accrocher dans les racines dans le lit de la rivière. Mais finalement, on n’attrape rien, ni poisson, ni racine ! Peut-être juste un coup de soleil, car cette sortie nous a fait prendre un bon bain de nature !
+ D’INFOS : La carte de pêche, obligatoire !
Pour pêcher, il faut avoir une carte de pêche : pour une journée, une semaine ou pour toute l’année, pour un seul département ou pour toute la France, plusieurs formules existent, à des prix différents. On peut acheter la carte de pêche dans un bureau de tabac qui en propose, ou sur les sites web de la fédération nationale de la pêche ou cartedepeche.fr. 114 € pour toute la France, 87 € pour une année en Touraine… Ou 13 € la journée, on trouve forcément son bonheur selon ses projets et son budget.
L’expérience du pro
Bruno, président de l’association de pêcheurs AAPPMA (Association Agréée pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique) de Ligueil :
« Je pêche depuis que je suis enfant, ma famille habitait dans un moulin à eau. Aujourd’hui j’ai huit ou neuf cannes, car selon le type d’appât qu’on utilise il faut une souplesse de canne spécifique, car on va les manier différemment… On peut utiliser des leurres comme des larves, le vers est un appât naturel ; il y a aussi les mouches qu’on achète souvent en magasin ou en ligne… Mais la pêche à la mouche est très technique, et un peu moins fréquente en Touraine même si elle s’y développe. Pour pêcher, il faut aussi être attentif à la nature, l’observer, la comprendre… on est en contact avec le milieu naturel et de plus en plus les pêcheurs participent à sa protection. »




Bon à savoir : pêche et environnement
Lorsqu’on va pêcher, on peut se faire contrôler par un garde-pêche (bénévole d’une association de pêche), ou par un agent de l’Agence Française de la Biodiversité ou même par un policier municipal. Que vérifie-t-il ? Les poissons attrapés pour voir si on respecte les dates d’ouverture de la pêche et la taille des poissons. Il regarde aussi la validité de notre carte de pêche, et la zone où nous sommes installés.
Certaines zones sont interdites à la pêche car c’est là que se reproduisent les poissons par exemple. Il est donc essentiel de respecter les règles établies, car le milieu aquatique est en danger ! La population de truites aurait baissé de 40% durant les vingt dernières années en France ! La pollution, et le réchauffement de l’eau (et du climat) font partie des causes de cette baisse. Et les pêcheurs sont les premiers à voir leurs effets sur la nature.
No kill, une tendance forte
La pêche « no kill » est de plus en plus pratiquée : après avoir attrapé le poisson, et pris parfois une photo avec, le pêcheur enlève soigneusement l’hameçon et remet le poisson à l’eau. Il n’est pas mort, on ne tue pas : en anglais, « no kill ».
Où sont les femmes ?
Les derniers chiffres de la fédération nationale de pêche indiquent que seules 105 392 femmes avaient une carte de pêche en 2024. C’est seulement 7,5% du nombre total de pêcheurs en France ! Pour encourager la féminisation de la pêche, les tarifs des cartes sont plus bas pour les femmes : 42 € l’année pour tout le pays, contre 114 € pour un homme.
Où pêcher ?
Tout est sur la carte interactive : https://map.geopeche.com. Et pour débuter, on peut trouver des cannes à pêche à 30 € seulement.







