Au départ de ce grand chambardement des relations internationales, il y a un homme : Donald Trump. Et un pays : les États-Unis, dont il est président. Depuis plusieurs mois, les États-Unis faisaient planer une menace sur le Venezuela, avec des bateaux militaires qui naviguaient à proximité des côtes du pays d’Amérique du Sud. L’armée américaine avait même attaqué des bateaux vénézuéliens, en expliquant que c’était pour éviter le trafic de drogue vers les États-Unis.
Donald Trump est un habitué des menaces, dans ses discours, ou sur les réseaux sociaux. Mais cette fois-ci, il est allé au bout du projet : capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro et sa femme pour les ramener aux Etats-Unis. Ils doivent être jugés à New York pour leurs liens (supposés) avec le trafic de drogue, l’utilisation d’armes à feu et le narcoterrorisme (terrorisme lié au narcotrafic, le trafic de drogues).
L’attaque a eu lieu le 3 janvier 2026. Dans sa conférence de presse du même jour, Donald Trump a été clair : « Nous allons demander à nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, d’intervenir, d’investir des milliards de dollars, de réparer les infrastructures gravement endommagées – les infrastructures pétrolières – et de commencer à générer des revenus pour le pays » Et le 7 janvier, les États-Unis annonçaient vouloir réquisitionner jusqu’à 50 millions de barils de pétrole produits au Venezuela. Au-delà de l’explication liée au trafic de drogue, l’intervention américaine au Venezuela a donc d’autres objectifs ! Le pays sud-américain contient dans son sous-sol presque 17% des réserves mondiales. Pour les Américains, c’est donc une vraie mine d’or (enfin non : un puits de pétrole) située dans une région que les États-Unis ont longtemps contrôlée.
L’Amérique du Sud sous contrôle américain ?
Lorsque les pays d’Amérique du Sud ont bataillé pour obtenir l’indépendance de l’Espagne au XIXe siècle, les États-Unis les ont soutenus. Pour les dirigeants nord-américains, c’est la doctrine formulée par le président James Monroe qui s’applique à partir de 1823 : les Amériques ne peuvent plus être colonisées, et l’Europe n’a plus le droit d’intervenir. Si elle le fait, les États-Unis réagiront.
Cette doctrine Monroe a été renforcée par la politique du « big stick » (la « diplomatie au gourdin ») au début du XXe siècle. Selon le président Roosevelt, les États-Unis devaient jouer le rôle de gendarmes de tout le continent, et donc intervenir dans la vie des pays du Sud si ce qui s’y passait ne convenait pas à la vision étatsunienne. Soutenir des dictatures militaires, lutter contre des guérillas, aider un homme politique à se faire élire… Militaires, espions et diplomates américains ont été très actifs !
L’action de Donald Trump aujourd’hui n’est donc pas très étonnante par rapport à l’histoire des relations entre Amérique du Sud et États-Unis, après une longue pause sans intervention aussi évidente dans la politique sud-américaine.
+ d’infos : les réactions au Venezuela
Nicolás Maduro est considéré comme un dictateur. C’est ce qui explique que certains chefs d’État (comme Emmanuel Macron) aintt exprimé un soulagement à le voir chassé du pouvoir.
Mais au Venezuela, la nouvelle présidente par intérim, Delcy Rodríguez, est une de ses partisanes. L’armée et la police sont donc intervenues pour réprimer les manifestations de joie liées à la capture de Maduro dans les premiers jours de janvier. Petit à petit, la situation évolue : des prisonniers vénézuéliens et étrangers ont été libérés dans les jours suivants.
L’avis du pro(f) : l’ONU, inutile ?
Stéphane Genêt, prof d’histoire et auteur du podcast « T’as qui en histoire » nous explique l’origine de l’Organisation des Nations Unies et son rôle :
« En 1945, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’ONU remplace la Société des Nations, qui devait éviter la guerre et préserver la paix. La guerre montre son échec ! L’ONU a été utile pour codifier le droit international avec la Charte des Nations Unies en 1945, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, et la Cour Pénale Internationale depuis les années 2000…
Mais dès la création de l’ONU il y a un problème : les cinq membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine) ont tous un droit de véto. Si un de ces pays n’est pas d’accord sur une décision, elle n’est pas prise. Cela va donc souvent paralyser l’ONU. »
En savoir plus : les prochains défis pour les relations internationales
Si un pays comme les États-Unis peut faire ce qu’il veut en Amérique Latine, qu’est-ce qui empêche la Russie de capturer le président ukrainien, ou la Chine d’envahir Taïwan ? Ou Israël de continuer sa conquête des territoires palestiniens ?
C’est tout le problème posé par l’intervention américaine : le droit international est très affaibli ! Notre prof d’histoire préféré nous rappelle que « le droit international ce sont des règles qui valent pour ceux qui acceptent de les respecter. Quand on ne les respecte pas, la difficulté c’est d’avoir des moyens de pression sur les pays qui ne jouent pas le jeu, et que tout le monde soit d’accord pour les sanctionner. Sinon, ce n’est plus le principe du droit qui s’applique, mais le principe de la puissance, la loi du plus fort ».
Cap sur le Groënland
Le Groënland fait partie des territoires que Trump évoque souvent comme prochaine cible. Le territoire est riche en minerais et en pétrole. Et il occupe une position stratégique, plus proche de l’Amérique que du Danemark (qui en est propriétaire). Trump invoque donc la sécurité des États-Unis comme raison de s’en emparer.
Et l’Europe dans tout ça ?
Chaque pays européen a eu sa propre réaction à l’action militaire américaine. Certains ont condamné cette violation du droit international, d’autres se sont réjouis du départ de Maduro. L’Union Européenne a publié une déclaration qui ne condamne pas l’action américaine. Mais comment réagir si jamais les États-Unis font la même chose au Groënland (territoire danois) ?







