En France, il y aura cette année environ 1200 classes de Défense et Sécurité Globale. Une manière pour l’Éducation Nationale de faire découvrir l’univers de l’armée, de la police ou de la gendarmerie. Le collège Jules Romain de Saint-Avertin est dans l’aventure depuis trois ans.
Au collège Jules Romains de Saint-Avertin, c’est déjà la troisième année que la prof’ d’histoire-géo, Mme Denie, organise une classe défense. Les élèves de 4e peuvent s’inscrire librement à cette activité qui a lieu une fois par semaine, sur la pause déjeuner. Pour Mme Denie, l’activité est la « prolongation du programme EMC (Éducation Morale et Civique) ». Dans le programme de cette matière que donnent les professeurs d’histoire-géographie, on trouve en effet en quatrième les thématiques « L’État de droit et les libertés » et « Défendre le cadre démocratique : sécurité et défense nationale ». Mais pour l’enseignante, c’est aussi « l’occasion d’ouvrir aux enfants les portes d’un monde auquel on n’a pas souvent accès ».
Pour les professeurs qui décident de monter un projet de « classe défense » dans leur collège, tout est possible pour le contenu des activités. Elle s’est donc mise en lien avec le DSIRH de l’Armée (Direction des Systèmes d’Information des Ressources Humaines) à Tours. À l’autre bout du fil, le capitaine Corentin nous rassure : « Dans ces projets, l’objectif de l’Armée n’est pas de recruter des soldats ! Comme l’armée est mal connue du grand public, on cherche à faire découvrir cet univers. Que les gens aient conscience que ça existe, et du rôle de l’armée dans notre société. »
Thèmes et activités des classes défense
Chaque année, Mme Denie indique au capitaine Corentin le thème qu’elle a choisi. Pour 2025-2026, c’est le sport. Au premier trimestre, l’enseignante aborde l’univers militaire : l’histoire de l’armée, son rôle, son organisation, les métiers du monde militaire mais aussi de la sécurité (pompiers, sécurité civile…). Chaque mois, un militaire vient au collège pour échanger avec les élèves. Mme Denie commence aussi à travailler le thème du sport… Avant la mise en pratique sur la suite de l’année grâce au capitaine Corentin ! Tout un programme : parcours du combattant au Camp du Ruchard (près de Chinon), et à la self-défense en février. En mai, découverte du brancardage, car transporter un blessé sur un brancard, c’est physique ! Et rencontre avec un sportif de haut-niveau engagé dans l’armée… « En fonction du thème choisi par la professeure, je réfléchis avec mes collègues dès le mois d’octobre au programme que l’armée peut proposer. Pour le thème « environnement » il y a deux ans, ça nous a demandé de la réflexion et des prises de contacts, pour faire venir des Sapeurs-Pompiers de Paris par exemple, pour parler de la dépollution de la Seine ».
Rencontrer des pompiers ? Interroger des militaires qui ont travaillé à l’étranger ? Visiter des casernes et autres sites interdits au public ? Le capitaine Corentin rappelle que « quand on leur demande pourquoi ils s’inscrivent, c’est la curiosité qui ressort ». Quant à Mme Denie, elle voit les effets de ce projet sur le long terme : « quand ils arrivent en 3e, ce sont des élèves prêts à participer à des projets, avec une vraie culture du collectif et de l’engagement. »
« Il y a souvent un a priori négatif sur l’Armée : ces classes permettent de faire découvrir nos réalités » (Capitaine Corentin).
L’INFO DES PROS
Au Rectorat de l’Académie d’Orléans-Tours (qui gère l’Éducation Nationale à l’échelle de notre région Centre-Val de Loire), voici ce qu’on nous dit sur ces classes défense et sécurité globale (CDSG) :
« Les établissements et les enseignants sont autonomes dans leur manière de mettre en place ces classes. Ils prennent contact avec l’Armée, ou la police, la gendarmerie, les sapeurs-pompiers… pour constituer leurs activités. Ce dispositif permet de faire découvrir les missions de ces organisations, d’aider les collégiens et futurs citoyens à décrypter notre monde, qui est de plus en plus complexe. Un citoyen bien informé se laissera moins manipuler. Et dans une démocratie, les questions de Défense concernent tous les citoyens. »
À SAVOIR : Un dispositif qui fait débat
Dans un article publié dans le journal Libération le 12 janvier 2026, des parents d’élèves et enseignants critiquent les classes Défense. Le Collectif contre la militarisation de la jeunesse et de l’école reproche ainsi à ces classes de chercher à recruter les jeunes pour en faire de futurs militaires.
Dans son collège, Mme Denie rappelle pourtant que « ce n’est pas de l’embrigadement ». La question la plus souvent posée aux militaires ayant participé à des OPEX (opérations extérieures – des missions à l’étranger) est « est-ce que vous faites quand même la fête ? », plutôt que « comment devenir militaire ».
Les jeunes de Saint-Avertin ont aussi travaillé sur la mémoire. Ils ont proposé une exposition autour d’un couple de Justes qui avaient aidé des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. À Saint-Avertin en tout cas, on ne forme pas des soldats.
L’EMC voit large
Si les questions de sécurité-défense sont dans le programme d’Enseignement Moral et Civique, on y trouve aussi plein d’autres choses ! Égalité homme-femme, la solidarité, la démocratie,… Pour tout comprendre du fonctionnement de notre société.
+ d’infos : Les Cadets de la Défense, une formation différente
Il ne faut pas confondre les classes défense et sécurité globale avec le système des Cadets de la Défense. Cette formation dépend du Ministère des armées (mais est aussi liée à un établissement scolaire local). Destinées aux 13-16 ans, ces formations ressemblent au modèle des Jeunes Sapeurs-Pompiers. L’idée est de proposer une instruction militaire aux jeunes volontaires, avec aussi du sport, de l’Histoire, une participation aux cérémonies du 8 mai et du 11 novembre, des visites de musées ou de sites militaires. Uniformes, exercices militaires : les jeunes s’initient à la vie des Armées.
JAPD ou JDC ?
Après la suppression du service militaire obligatoire en 1997, qui forçait les hommes français à faire un an de formation militaire, la JAPD a été créée. Cette Journée d’Appel de Préparation à la Défense était gérée par l’Armée. Tests de lecture, de maths, informations sur les métiers de l’Armée… Aujourd’hui, cela s’appelle la JDC, Journée Défense et Citoyenneté, obligatoire pour les jeunes (hommes et femmes) de 16 à 25 ans.







